03.09.2021

La biométhanisation permet de pérenniser l’agriculture

À Taverneux, une exploitation agricole familiale s’est dotée d’une station de biométhanisation. Inédite en Wallonie, elle lui fournit une complète indépendance énergétique: électricité, chaleur et Bio-CNG.
Eric Jonkeau et son fils Pierre-Olivier sont à la tête d’une exploitation agricole à quelques kilomèt res d’Houffalize. Propriétaires de 150 vaches laitières, de 200 bovins élevés pour leur viande, de nombreux porcs et moutons, les deux hommes sont constamment à la recherche d’idées pour développer leur activité. Et justement, la dernière en date est plutôt insolite pour une ferme : la production de Bio-CNG !

Pas du genre à baisser les bras « Mon père a toujours rêvé de biométhanisation pour pouvoir alimenter nos machines au gaz, explique Pierre-Olivier Jonkeau. En 2017, au salon agricole de Nantes, il a découvert une nouvelle technique de méthanisation. Après en avoir étudié tous les aspects (coûts, infrastructures, débouchés), il a décidé de franchir le pas ». Cependant, les démarches ont été rendues plus ardues que prévu, car ce dispositif complètement inédit a effrayé les banques de même que la Région Wallonne qui, au départ, ne croyait pas au projet. Cependant, Eric Jonkeau n’est pas du genre à baisser les bras et, en octobre 2019, sa station de biométhanisation entrait enservice !

Valorisation des déchets
En pratique, le fumier et le lisier de la ferme sont récoltés dans de grandes citernes qui sont chauffées à une température de 40 degrés. Les bactéries contenues naturellement dans ces déchets organiques se mettent alors en action et produisent du méthane qui est finalement stocké dans une cuve. Grâce à une unité de cogénération, l’installation produit environ 250 kW/h d’électricité pour les besoins de la ferme et, côté thermique, 270 kW/h servent à chauffer le digesteur, mais aussi les trois maisons de la famille, un gîte de 14 personnes et la salle de traite. « Nous estimons que nous économisons environ 30.000 litres de mazout par an sur toute l’exploitation. De plus, nous avons installé un
purificateur qui permet de produire du Bio-CNG pour alimenter nos véhicules tout-terrain et notre utilitaire. Nous avons également acquis une machine destinée à nourrir le bétail et nous allons bientôt essayer un tracteur, tous deux fonctionnant au CNG. Nous sommes donc parfaitement autonomes sur le plan énergétique ! »

Création d’une station
Dans leur projet, les Jonkeau avaient pensé créer une station-service de Bio-CNG. C’est chose faite, elle est opérationnelle depuis le début du mois d’août. Capable de ravitailler une vingtaine de voitures par jour, elle attire également des poids lourds de passage, trop heureux de pouvoir faire le plein dans cette région encore mal desservie. « De plus en plus de riverains des communes voisines montrent de l’intérêt pour ce carburant produit localement, poursuit Pierre-Olivier
Jonkeau. Nous allons voir comment vont se développer les activités de notre station ces prochaines années et nous pensons également injecter du biométhane au sein même du réseau de gaz. »

La biométhanisation permet de pérenniser l’agriculture
Pour Didier Hendrickx, porteparole de Gas.be, le procédé de biométhanisation associé à une station CNG dont les Jonkeau sont les pionniers en Belgique est une réalité qui associe rentabilité et décarbonation. Dans notre pays, le biométhane connaît enfin un développement notable : « Pour l’instant, le territoire compte 190 sites de production. Notre but, précise Didier Hendrickx, est de développer l’injection de ce biogaz épuré en biométhane dans le réseau de gaz. D’ici fin septembre, on disposera de 5 sites, dont 3 en Wallonie, à Sombreffe, Quevy et Les Bons Villers. A l’horizon 2030, nous prévoyons l’incorporation de 10 térawatts de biométhane dans le réseau. »

De nombreux atouts
Des projets novateurs comme la station de biométhanisation de la ferme Jonkeau sont très importants à plus d’un titre. « L’intérêt de ce genre d’installation est de valoriser le biométhane dans des zones qui ne disposent pas de raccordement au gaz. De plus, cela permet d’envisager des développements au niveau local et favorise la pérennisation de l’agriculture sous une nouvelle forme et de façon rentable ». Avec de nombreux débouchés dans les domaines de l’électricité, de la chaleur et du carburant, la biométhanisation s’inscrit parfaitement dans la politique environnementale actuelle, car l’utilisation de biogaz limite drastiquement les émissions de CO2 dans leur presque totalité et cela participe
ainsi aux objectifs climatiques. « L’exemple de la ferme Jonkeau montre que ce genre d’initiative est un atout pour un agriculteur. Il faut juste oser franchir le pas et se lancer. »

Solution de mobilité
Pour Didier Hendrickx, la biométhanisation est aussi un message clair adressé aux constructeurs automobiles et aux autorités: « La décarbonation ne passe pas par une solution technologique unique en matière de mobilité. Le Bio-CNG et donc l’injection de biométhane dans le réseau prouve que des alternatives existent bel et bien et que celles-ci sont efficaces et parfaitement au point. Elles sont également disponibles tout de suite. »

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